attaquer


attaquer

attaquer [ atake ] v. tr. <conjug. : 1>
• 1549; it. attaccare « assaillir », de tacca « entaille », du got. taikn « signe », ou de staccare « détacher », de ° stakka; attacher
I
1Porter les premiers coups à (l'adversaire), absolt Commencer le combat (cf. Déclarer la guerre; engager le combat; ouvrir le feu). À l'aube, l'armée allemande attaqua la Pologne (cf. Lancer l'attaque, passer à l'attaque, donner l'assaut, prendre l'offensive). Attaquer brusquement l'ennemi, l'attaquer à l'improviste, par surprise. assaillir; foncer, fondre, se jeter, se ruer, 1. tomber (sur); surprendre. Les assiégeants nous attaquaient de toutes parts. assiéger, cerner, encercler, entourer, envelopper, investir. Absolt Nous attaquerons à l'aube.
(Sujet chose) L'aviation ennemie nous attaque.
2S'élancer, tomber sur (qqn) pour le battre, le violer, le voler ou le tuer. agresser, assaillir; fam. sauter (sur). Attaquer qqn à coups de poing, de bâton, de couteau, de fusil. Être attaqué par deux loubards.
(Des animaux) S'élancer sur (une proie). Lion qui attaque une gazelle. Détruire en consommant. Puceron qui attaque le rosier.
3Sport (sans compl.) Faire une attaque.
4Fig. Chercher à remporter une victoire morale sur (qqn). Dr. Intenter une action judiciaire contre. Attaquer qqn, l'attaquer en justice. Cour. Faire des attaques contre (qqn, qqch.), émettre des jugements qui nuisent à (qqn). « Mon admiration pour Bonaparte a toujours été grande et sincère alors même que j'attaquais Napoléon avec le plus de vivacité » (Chateaubriand). accuser, combattre, critiquer, dénigrer, vilipender. Une réforme très attaquée. Par ext. Dans un article qui attaque le ministre.
Chercher à détruire par la critique. Dr. Attaquer un acte, en contester la validité. — Cour. Attaquer la réputation de qqn. Attaquer une politique, une opinion, un raisonnement. « Qui ne peut attaquer le raisonnement attaque le raisonneur » (Valéry).
5S'adresser avec vivacité à (qqn) pour obtenir une réponse. Attaquer qqn sur un point, sur un sujet. Elle a commencé à l'attaquer sur le féminisme. entreprendre.
6Chercher à surmonter, à vaincre (un obstacle). Attaquer de front une difficulté. Attaquer le mal à sa racine. « La plupart répugnent visiblement à attaquer le mal dans ses racines » (Martin du Gard).
II(1743) Détruire la substance de (une matière). altérer, entamer, ronger. La rouille commence à attaquer la grille ( corrosif) . III(XVIIe) Commencer.
1Aborder sans hésitation. Attaquer un sujet, un chapitre, un discours. commencer; aborder, entamer, entreprendre, entrer (en matière).
Commencer à faire qqch. (qui exige un effort). Les coureurs ont attaqué la côte. Attaquer la journée de travail, et absolt attaquer. Allez, on attaque ! on commence (cf. S'y mettre).
2Fam. Commencer à manger (qqch.). Attaquer la volaille, le pâté. entamer.
3Mus. Attaquer un morceau, en commencer l'exécution; attaquer une note, en commencer l'émission, l'entonner avec justesse. « Au loin, les deux violons, le violoncelle et l'alto, attaquaient un air de menuet » (Martin du Gard).
IV(2e moitié XVIe, d'apr. s'attacher) S'ATTAQUER À.
1Diriger une attaque contre qqn (matériellement ou moralement). combattre, critiquer. S'attaquer à plus fort que soi. « Il ne faut jamais s'attaquer à ceux qu'on n'est pas sûr d'achever » (Barrès).
(Des animaux) L'éléphant ne s'attaque pas à l'homme.
2Fig. S'attaquer à une politique, à un projet, s'en prendre à, critiquer.
3Chercher à résoudre. « Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce problème » (Bergson).
⊗ CONTR. Défendre, protéger.

attaquer verbe transitif (italien attacare, attacher) Exécuter une action offensive contre un groupe, un pays, etc. : Attaquer une armée, une ville, un navire. Sans complément, commencer un combat, la guerre : L'ennemi attaquera à l'aube. Être à l'origine d'un combat, d'une lutte quelconques contre quelqu'un : Ce sont toujours les mêmes qui nous attaquent dans la cour de l'école. Commettre un acte de violence contre quelqu'un, un véhicule, un lieu, pour voler, détruire, etc. : Des malfaiteurs qui attaquent une banque. Critiquer quelqu'un, son œuvre, son action, les prendre à partie ; contenir des accusations, des critiques, en parlant d'un texte, d'un discours : Attaquer la politique d'un parti. Toute son œuvre attaque la société. Essayer de venir à bout d'une difficulté, d'un problème, d'un mal : Il faudra bien attaquer cette question délicate. Creuser une matière, l'endommager en la rongeant, en la détruisant peu à peu : La rouille attaque le fer. Commencer à faire quelque chose, l'entamer : Quand attaquerez-vous votre prochain livre ? Familier. Commencer à manger : Attaquer le plat de résistance. Être le premier à jouer : Attaquer à trèfle. Beaux-arts Travailler une matière dure avec un outil. (Le graveur attaque sa planche de bois ou de métal, le sculpteur son bloc de pierre, de bois, etc.) Droit Contester la validité d'un jugement, d'un contrat, etc. Intenter une action judiciaire à l'encontre de quelqu'un. Équitation Piquer vigoureusement le cheval avec les éperons. Marine S'approcher d'une terre. Musique Débuter avec netteté l'exécution d'un morceau ou l'émission d'une note ou d'une syllabe. Sports Entreprendre une action offensive dans un sport collectif ou individuel. Vénerie Mettre sur pied, avec des chiens, le cerf, le sanglier rembuché. ● attaquer (citations) verbe transitif (italien attacare, attacher) Horace, en latin Quintus Horatius Flaccus Venusia, Apulie, 65-Rome ? 8 avant J.-C. Le loup attaque de la dent, le taureau des cornes. Dente lupus, cornu taurus petit. Satires, I, 1, 52attaquer (homonymes) verbe transitif (italien attacare, attacher)attaquer (synonymes) verbe transitif (italien attacare, attacher) Exécuter une action offensive contre un groupe, un pays, etc.
Synonymes :
- foncer sur
- fondre sur
- sauter sur
- se jeter sur
- se ruer sur
Contraires :
- défendre
- protéger
- résister
Critiquer quelqu'un, son œuvre, son action, les prendre à partie ;...
Synonymes :
- dénigrer
- prendre à partie
- s'en prendre à
Contraires :
Creuser une matière, l'endommager en la rongeant, en la détruisant...
Synonymes :
- altérer
- détériorer
- léser
- manger (familier)
Contraires :
- protéger
Commencer à faire quelque chose, l'entamer
Synonymes :

attaquer
v.
rI./r v. tr.
d1./d Agir avec violence contre (autrui), engager le combat contre. Attaquer une place forte. Attaquer une passante.
|| (S. comp.). Prendre l'offensive. Demain, à l'aube, nous attaquerons.
d2./d Par ext. Critiquer âprement. L'opposition attaque le gouvernement.
|| Tâcher de renverser, de détruire. Attaquer un préjugé.
d3./d Ronger, détériorer. Les termites attaquent le bois.
d4./d Commencer d'exécuter. L'orchestre attaqua une valse.
Loc. écrivain, orateur qui attaque son sujet, qui commence à le traiter.
Fig., Fam. Entamer un plat. Attaquer une dinde farcie.
d5./d Affecter. Maladie qui attaque surtout les enfants.
d6./d DR Intenter une action judiciaire contre. Attaquer qqn en justice.
d7./d CHIM Ronger, altérer. Acide qui attaque le cuivre.
rII./r v. Pron.
d1./d Engager une attaque contre. S'attaquer à plus fort que soi.
|| Fig. Acteur qui s'attaque à un rôle difficile, qui entreprend de le jouer.
Fig., Fam. S'attaquer aux hors-d'oeuvre, les entamer.
d2./d Détériorer. Maladie qui s'attaque au bétail.

⇒ATTAQUER, verbe trans.
I.— Emploi trans.
A.— [L'accent est mis sur la volonté de vaincre en réduisant l'adversaire] Porter les premiers coups, les premières atteintes à quelqu'un ou à quelque chose. Anton. défendre.
a) [Le suj. désigne un ou plusieurs agresseurs; l'obj. désigne un ou plusieurs individus] Faire violence à quelqu'un, pour le voler, le blesser, etc. Attaquer qqn à main armée, au couteau, de vive force. Synon. agresser, frapper, molester :
1. Le braconnier l'avait surpris se livrant à cette dernière occupation, et comme l'ours, surtout quand il n'est point affamé, n'attaque pas l'homme, il avait vu celui-ci prendre la fuite, gagner le ravin-noir et disparaître dans la grotte.
PONSON DU TERRAIL, Rocambole, t. 5, Les Exploits de Rocambole, 1859, p. 452.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du XIXe et du XXe s. à partir de Ac. 1798.
Emploi abs. Commettre des agressions :
2. Comment, s'écria-t-il [le maire], on l'accuse d'avoir attaqué sur les grandes routes : ce n'est pas possible.
L.-F. [L'HÉRITIER], Suppl. aux Mémoires de Vidocq, t. 2, 1830, p. 221.
P. anal., MAN. Attaquer un cheval. Le piquer vigoureusement de l'éperon pour le maîtriser et le faire obéir.
VÉN. Déloger un gros gibier de sa retraite, en mettant les chiens courants sur sa trace.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du XIXe et du XXe s. à partir de Ac. Compl. 1842.
b) MILIT. [L'obj. désigne une pers., une armée, une entité territoriale, etc.] Engager l'offensive contre; prendre l'initiative d'une bataille. Attaquer un pays; attaquer par terre, par mer; attaquer l'ennemi de front. Synon. affronter, assaillir :
3. La barricade du faubourg du Temple, défendue par quatre-vingts hommes, attaquée par dix mille, tint trois jours. Le quatrième, on fit comme à Zaatcha et à Constantine, on perça les maisons, on vint par les toits, la barricade fut prise.
HUGO, Les Misérables, t. 2, 1862, p. 414.
SYNT. Attaquer une ville, un État; attaquer à l'improviste, par surprise, de flanc, de dos.
Emploi abs. Donner l'ordre d'attaquer; il n'y a pas lieu d'attaquer.
Rem. Attaquer, c'est engager, commencer le combat, porter les premiers coups. On attaque de diverses manières : vivement, bravement, noblement, adroitement, etc. Assaillir, c'est attaquer d'une manière particulière, qui est vive, rapide, imprévue en se jetant sur l'objectif (d'apr. GUIZOT 1864).
Emplois partic.
ARMÉE, vx. Saisir vivement le fusil au cours des différents exercices.
Rem. Attesté ds les dict. gén. du XIXe s. de Ac. Compl. 1842 à LITTRÉ.
MAR. Attaquer une île, un cap, la terre. Se diriger tout droit vers le point, ou s'en approcher pour le reconnaître, ou atterrir.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du XIXe et du XXe s. à partir de BESCH. 1845.
c) SP., fam. [Dans certains sports collectifs] Déployer une offensive en vue de marquer un but, un essai. Les avants attaquent.
♦ [Dans certains sports individuels] S'efforcer de distancer ses adversaires. Le coureur attaque.
B.— Emplois métaph. [L'idée d'une agression reste plus ou moins sous-jacente]
1. [L'accent est mis sur la volonté de vaincre] Chercher à surmonter un obstacle, une difficulté ou chercher à obtenir la supériorité sur quelqu'un ou quelque chose. Attaquer une difficulté; attaquer le mal dans sa source, dans ses racines; attaquer qqn par son côté faible, dans ses derniers retranchements. Synon. affronter, braver.
Loc. fig. Attaquer, prendre le taureau par les cornes, ou attaquer qqc. par les cornes. Résoudre avec méthode et énergie une difficulté, un problème :
4. Dans le temps, il nous avait dit qu'il fallait attaquer les scènes dangereuses par les cornes, mais au lieu de l'attaquer par les cornes, il me fait l'effet de l'attaquer par le bout de la queue, avec une peur de tous les diables.
E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1886, p. 608.
Rem. Attesté ds Lar. 19e, Nouv. Lar. ill., ROB.
2. [L'accent est mis sur le mal causé à l'objet de l'attaque] Modifier quelque chose dans son état physique en en détériorant la qualité.
a) [Le suj. désigne une pers. ou un objet tenu par une pers.] Chercher à entamer, entailler, ruiner. Attaquer qqc. dans ses fondations; attaquer un tronc d'arbre.
b) [Le suj. désigne un phénomène naturel, un agent inanimé (l'accent étant mis sur le caractère inévitable de son action destructrice)] La rouille attaque le fer, la maladie attaque un organe. Synon. affecter, altérer, corroder :
5. ... Depuis long-temps, dit-il, je ne me sens pas bien;
Cette herbe est mal-saine et me tue.
Ce treffle est sans saveur, cette onde est corrompue,
L'air qu'on respire ici m'attaque les poumons;
Bref, je meurs si nous ne partons.
FLORIAN, Fables, Le Cheval et le poulain, 1792, p. 83.
6. À ce moment, l'émail formé est assez dur pour résister ensuite à l'attaque de l'acide. La plaque est prête pour la morsure au perchlorure de fer. Le mordant va attaquer le cuivre partout où il est mis à nu par le départ de l'albumine soluble. Il n'attaque pas les régions couvertes d'émail correspondant aux blancs du négatif, c'est-à-dire aux noirs du sujet.
La Civilisation écrite, 1939, p. 1004.
Rem. Ac. 1932 reprenant qq. ex. de Ac. 1835 et 1878 ajoute : on dit plutôt atteindre, ce qui n'est pas confirmé par l'usage.
Spéc., CHIM., souvent au passif. Provoquer une réaction dans un corps en le soumettant à l'action corrosive d'un autre. Le sodium est attaqué par l'eau.
Rem. Attesté ds QUILLET 1965.
P. métaph. :
7. Le mur [de l'Église], comme un fruit que l'on entaille, partout où le fer l'attaque, fait paraître les semences de vie engagées dans son tissu.
CLAUDEL, Art poétique, 1907, p. 213.
3. [L'accent est mis sur la critique publ. des torts ou insuffisances, etc., d'une pers. ou d'une chose]
a) DROIT
[Le compl. désigne une pers.] Attaquer qqn en justice. Le poursuivre devant les tribunaux pour s'en prendre publiquement à ses actions :
8. ... vous viendrez à ma vente, et vous achèterez quelque chose, car si je mettais de côté le moindre objet pour vous et qu'on l'apprît, on serait capable de vous attaquer en détournement d'objets saisis.
A. DUMAS Fils, La Dame aux camélias, 1848, p. 34.
[Le compl. désigne soit un acte, soit une décision juridictionnelle ou admin.] Chercher à faire casser ou annuler en contestant la validité. Attaquer un décret, un testament :
9. 504. Après la mort d'un individu, les actes par lui faits ne pourront être attaqués pour cause de démence, qu'autant que son interdiction aurait été prononcée ou provoquée avant son décès; à moins que la preuve de la démence ne résulte de l'acte même qui est attaqué.
Code civil, 1804, p. 92.
Rem. Le jugement déféré à une cour d'appel n'est pas dit « attaqué » mais « entrepris ».
b) [Souvent avec un 2e compl. introd. par dans, sur, indiquant le point sur lequel porte la critique] Contester énergiquement, et le plus souvent ouvertement, la valeur intellectuelle, morale, pratique etc. de quelqu'un, de quelque chose (le plus souvent un inanimé abstr.). Attaquer qqn ou ses actes, dans son honneur; attaquer le gouvernement, attaquer des idées. Synon. blâmer, critiquer :
10. — Pécuchet ricana. — « Pourquoi riez-vous?
— C'est qu'un diplôme n'est pas toujours un argument! » Le docteur était attaqué dans son gagne-pain, dans sa prérogative, dans son importance sociale.
FLAUBERT, Bouvard et Pécuchet, t. 1, 1880, p. 74.
Proverbial, vx. Bien attaqué, bien défendu. La riposte est aussi vigoureuse que l'attaque.
Rem. Attesté ds les dict. gén. du XIXe et du XXe s. de Ac. 1798 à Ac. 1932.
C.— Emplois fig.
1. [L'accent est mis sur la réponse ou la réaction que l'on attend de qqn ou de qqc.] Entrer en contact avec quelqu'un ou quelque chose. Attaquer qqn sur un sujet, sur ses intentions. Attaquer qqn de conversation (vieilli).
a) Spéc. MAR. TÉLÉCOMM. Engager une liaison par signaux.
Rem. Attesté ds Nouv. Lar. ill., Lar. encyclop., QUILLET 1965.
MUS. Attaquer une corde. La pincer pour la faire vibrer :
11. « ... je puis, en changeant de mode, faire naître des idées plus riantes dans ton esprit. » Et Satou attaqua les cordes de sa harpe avec une énergie joyeuse et sur un rythme vif que le tympanon accentuait de coups pressés; ...
T. GAUTIER, Le Roman de la momie, 1858, p. 200.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du XIXe et du XXe s. de Ac. 1835 à QUILLET 1965.
b) Arg., vieilli. Attaquer une femme. Entreprendre de la courtiser, lui faire des avances :
12. La soirée agonisait; déjà la salle était presque vide. André sentait la dernière occasion lui échapper; il ignorait quand il pourrait la revoir et il perdit tout son sang-froid. Comme il bostonnait avec elle une dernière fois, à brûle-pourpoint, il l'attaqua : — Vous n'avez pas l'air de voir combien vous me faites souffrir...
R. MARTIN DU GARD, Devenir, 1909, p. 150.
Rem. Attesté ds GUÉRIN 1892.
2. [L'accent est mis sur le commencement d'une action difficile dont la nature est précisée ou suggérée par le compl. d'obj.] Commencer à faire quelque chose qui demande un effort et dont on veut vivement venir à bout.
a) [Le compl. désigne un obstacle naturel] Commencer à gravir, à franchir, etc. Attaquer une côte, une descente, un escalier (cf. aussi l'emploi B 1, avec lequel cet emploi se confond parfois dans le discours) :
13. Un peu réchauffé, Daru retourna à la fenêtre d'où il avait, pour la première fois, aperçu les deux hommes. On ne les voyait plus. Ils avaient donc attaqué le raidillon.
CAMUS, L'Exil et le royaume, 1957, p. 1610.
b) [Le compl. désigne une activité] Commencer l'exécution de. Attaquer un travail, un repas, une danse.
JEUX, absol. Jouer le premier. C'est à toi d'attaquer; allez, attaque.
Rem. Attesté ds Lar. encyclop., Lar. Lang. fr.
MUS. Attaquer une note, un morceau. En commencer l'émission, l'exécution :
14. Le premier acte à peine annoncé, toute la cour l'attend. Enfin prenant sa volonté à deux mains, il entre, se met à genoux auprès de la reine et commence son récitatif. Il attaque la note juste et cela va. Il tenait son sol, il s'y cramponnait, il s'y asseyait, il n'en voulait plus sortir.
E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1858, p. 505.
Rem. Attesté ds la plupart des dict. gén. du XIXe et du XXe siècle.
Fam. Commencer à manger. Attaquer un mets, un rôti, un poisson servi sur la table (LITTRÉ) :
15. Et, après avoir bu un plein verre d'eau, il attaqua le fromage de cochon. Il en coupait des morceaux carrés, qu'il piquait de la pointe de son couteau et qu'il mangeait sur son pain, sans fourchette.
ZOLA, Germinal, 1885, p. 1228.
Bien attaquer un sujet. L'aborder de façon satisfaisante.
Arg., emploi abs. Commencer une journée de travail :
16. [Le chauffeur :] je fais la nuit. J'attaque à neuf plombes et je rentre à six.
A. SIMONIN, J. BAZIN, Voilà taxi! 1935, p. 16.
II.— Emploi pronom.
A.— Emploi réciproque :
17. Condamnés à l'union, elles [ces deux sectes] commencèrent aussitôt une guerre acharnée, s'attaquèrent entre elles, et résistèrent à l'autorité.
CONSTANT, Principes de pol., 1815, p. 141.
B.— Emploi passif. Le poumon s'attaque.
C.— Emploi subjectif. S'attaquer à
1. [Le compl. désigne un inanimé concr.] Cf. I B 2 :
18. « ... J'ai lu, dernièrement, un bon article, là dessus. » — « Celui d'Achard? » fit Antoine. Il hocha la tête : « on croit généralement que l'ypérite, contrairement aux suffocants, s'attaque aux petites bronches plutôt qu'aux alvéoles, et qu'elle altère moins profondément les échanges gazeux. (...). »
R. MARTIN DU GARD, Les Thibault, Épilogue, 1940, p. 888.
2. [Le compl. désigne une pers., un inanimé abstr.] Cf. I B 3. S'attaquer à plus fort, à plus faible que soi; s'attaquer à la religion, aux mœurs :
19. Mais l'opposition actuelle me paraît stupide. Elle s'attaque à l'Empire, ou plutôt à l'Empereur, au lieu de s'en prendre à la question religieuse, qui est la seule importante.
FLAUBERT, Correspondance, 1868, p. 425.
3. Affronter, se heurter à, tenter de résoudre (cf. I B 1). S'attaquer à un sujet, à un problème :
20. Une humeur vive et entreprenante, s'attaquant aux difficultés et aimant à se moquer de tous les ridicules ennemis, faisait considérer Madame de Constantin comme l'une des femmes du département qu'il était le plus dangereux d'offenser.
STENDHAL, Lucien Leuwen, 1836, p. 270.
4. Fam., vieilli. Aborder, interpeller pour obtenir une réponse (cf. I C 1). S'attaquer à qqn, s'attaquer à une femme :
21. Cela semble absurde, au premier abord, que de courtiser une vierge soit plus difficile que de s'attaquer à une femme qui s'est donnée et qui, sachant tout, peut mieux se défendre.
P. BOURGET, Le Disciple, 1889, p. 152.
Rem. L'emploi de la forme pronom. à la place de l'actif met l'accent sur la volonté, l'effort opiniâtre du sujet fortement engagé dans l'action (cf. LITTRÉ, SOMMER 1882).
PRONONC. :[atake], j'attaque []. Enq. :/atak/ (il) attaque.
ÉTYMOL. ET HIST. — 1. 1540 pronom. s'attaquer à « ne pas craindre d'affronter (un ennemi), de porter les premiers coups (à un adversaire) » (L'Évêque de Montpellier à Fr. Ier, 26 oct. et 7 nov. 1540 ds Dict. hist. Ac. fr. Ces seigneurs [les Vénitiens] ... firent semblant de prendre la fuyte; quoy voyans les-dits Mores les poursuyvirent, et soubdain les Espaignolz, leur tournant le visaige, se attacquèrent à eulx, et furent prins et mys à fons les fustes de l'armée moresque); 1578 trans. (H. ESTIENNE, Dial. du lang. franç. ital., I, 130 ds HUG. : Nous voyons le mesme en Attaquer : quand on dit, Il ne l'osa pas attaquer. Car ce mot Attaquer participe du François Attacher [qui est le vray mot et nayf] et de l'Italien Attacar); av. 1679 fig. « lutter (contre qqn ou qqc.) par la parole, par un écrit » (Cardinal DE RETZ, Mémoires ds Dict. hist. Ac. fr. : En fait de calomnie, tout ce qui ne nuit pas sert à celui qui est attaqué); 1662 fig. « saisir (en parlant des maladies) » (Le Prince de Conti, aux États de Languedoc de 1662, ibid. : Il [le roi] se persuadoit desjà qu'il estoit parvenu à la fin de ses travaux et au but de tous ses desirs ... lorsqu'entrant avec un soin paternel dans le destail de ses affaires, il a connu avec douleur qu'un mal beaucoup plus dangereux attaquoit son royaume); 1735-36 dr. « attaquer qqn en justice, intenter (à qqn) une action judiciaire » (MARIVAUX, le Paysan parvenu, IV, ibid. : Elle sortit sur-le-champ, m'attaqua en justice; et depuis ce temps-là nous plaidons à mon grand regret); 1842 attaquer un acte « contester la validité » (MOZIN-BIBER); 2. 1675 « entreprendre, commencer (un sujet) » (Lettres de Mme de Sévigné, éd. Monmerqué, t. IV, 1862, p. 216 : Votre confidence avec l'Intendant sur ces deux maisons qui font tant de bruit chez M. L, est une très plaisante chose. J'aime à attaquer de certains chapitres comme ceux-là, avec de certaines gens dont il semble qu'on n'ose approcher); 1845 id. attaquer un morceau « commencer l'exécution de » (BESCH.); 3. 1743 « détruire la substance d'une matière, altérer, entamer » (LIGER, La Nouvelle maison rustique, t. 1, p. 639 : Il y a aussi d'autres gens qui ne font qu'étendre au soleil le grain attaqué d'insectes, après l'avoir criblé, l'ardeur du soleil fait mourir les bêtes).
Empr. à l'ital. attaccare (KOHLM., p. 29; SAR., p. 38; SAIN. Lang. Rab., p. 84; FEW t. 17 s.v. stakka) attesté au sens de « assaillir, investir par la violence (en parlant spécialement des forces milit.) » dep. 1527-55 (B. SEGNI, Storie fiorentine, 80 ds BATT.). Le syntagme ital. attaccare la scaramuccia : fr. attaquer une escarmouche « commencer, engager (une escarmouche) » attesté en ital. par Varchi ds Storia fiorentina [composée à partir de 1547] est passé en fr. dep. 1549 (RABELAIS, la Sciomachie, III, 404 ds HUG.) mais contrairement aux indications de FEW, loc. cit. s'attaquer à + compl. d'objet désignant une pers., supra, est antérieur. Les premières attest. du verbe attaccare relèvent toutes du domaine de la guerre (BATT.), d'où les diverses associations syntagmatiques de attacare avec scaramuccia aussi bien qu'avec « zuffa », « pugna », « battaglia » (TOMM.-BELL.), « esercito » (dep. 1528 B. Davanzati ds BATT.). Bien que la forme pic. de attacher ait déjà pris au XVIe s. le sens de attaquer (HUG.) l'étymon reste ital. attaccare; cf. le témoignage du contemporain Estienne, supra et le cont. de l'attest. de 1540, supra. L'ital. lui-même est dér. soit de tacca « entaille » (issu du got. taikn « signe », DEVOTO), soit de staccare « détacher » (issu du got. stakka « pieu », DEI, v. attacher) avec substitution du préf. a(d)- à l'initiale, entraînant le sens de « attacher » d'où « se lier avec » > « entrer en contact » > « attaquer ». L'ital. attaccare est attesté au sens de « lier » dep. le mil. du XIVe s. (BOCCACE, Décaméron ds BATT.).
STAT. — Fréq. abs. littér. :3 207. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 5 088, b) 4 366; XXe s. : a) 3 116, b) 5 088.
BBG. — BAUDR. Chasses 1834. — BÉL. 1957. — BRUANT 1901. — BURN. 1970. — Canada 1930. — DARM. Vie 1932, p. 143. — DAUZAT Ling. fr. 1946, p. 14. — DUCH. 1967 § 713. — DUL. 1968. — DUVAL 1959. — Forest. 1946. — GOUG. Lang. pop. 1929, p. 148. — GRUSS 1952. — GUILB. Aviat. 1965. — JAL 1848. — LE CLÈRE 1960. — LE ROUX 1752. — MARTIN (E.). Explication de la construction s'attaquer à. Courrier (le) de Vaugelas. 1873, t. 4, p. 124. — NOËL 1968. — NOTER-LÉC. 1912. — ORR (J.). Le Rôle destructeur de l'euphémie. In : Essais d'étymol. et de philol. fr. Paris, 1963, pp. 28-29. — PHAL (A.). Note sur le verbe attaquer ds ses emplois sc. Fr. mod. 1973, t. 41, n° 2, pp. 178-185. — PIERREH. Suppl. 1926. — SAR. 1920, p. 38. — TIMM. 1892. — WILL. 1831. — WIND 1928, p. 55, 124.

attaquer [atake] v. tr.
ÉTYM. 1578; attacquer, 1540; ital. attacare « assaillir, investir par la violence »; attacare battaglia « commencer la bataille »; attaquer l'escarmouche, XVIe (Rabelais, Sciomachie, III, 404); le verbe attacher, sous sa forme picarde attaquer, a aussi pris ce sens; l'ital. attacare vient soit de tacca « entaille », mot d'orig. gotique, soit de staccare « détacher », du gotique stakha « pieu », soit encore de attacticare, du lat. attingere. → Attacher.
———
I
A (Concret).
1 Commencer le combat, porter les premiers coups, livrer une bataille offensive. Combattre; frapper; commencer, déclarer (la guerre); engager (la lutte, la bataille, le combat); ouvrir (le combat, le feu).les loc. Rompre en visière; tirer l'épée; en venir aux mains. || Attaquer l'ennemi le premier, sans provocation. || À l'aube, l'armée allemande attaqua la Pologne. Attaque (lancer l'attaque, passer à l'attaque); assaut (donner l'); offensive (prendre l'; passer à l'). || Attaquer qqn brusquement, à l'improviste, par surprise. Assaillir; foncer, fondre, jeter (se), ruer (se), tomber (sur); surprendre. || Attaquer hardiment un ennemi redoutable. Affronter. || Avancer vers l'ennemi, marcher sur l'ennemi pour l'attaquer. Aborder. || Attaquer de front. || Attaquer par derrière. || Attaquer les flancs, les derrières d'une armée. || Les assiégeants nous attaquaient de toutes parts. || Attaquer par terre, par mer. Assiéger, cerner, encercler, entourer, envelopper, investir. || Attaquer l'assiégé dans ses derniers retranchements. || Attaquer sans arrêt. Harceler. || Attaquer au canon, à la bombe. Bombarder, canonner. || Attaquer les murs d'une forteresse. Battre (en brèche). || Attaquer par escalade. Escalader. || Attaquer à la baïonnette. || L'infanterie attaqua vigoureusement, avec impétuosité, au pas de charge, et poursuivit l'ennemi sans relâche. Charger, pousser, presser. || Donner l'ordre d'attaquer.
1 Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers.
Racine, Mithridate, III, 1.
2 On a proportionné les moyens de défensive aux armes de ceux qui attaquent.
Fénelon, t. XIX, p. 154.
3 Le Maréchal de Boufflers attaqua deux heures avant l'arrivée de son infanterie, dans la crainte que les ennemis (ne) se retirassent.
Saint-Simon, Mémoires, 119, 51, in Littré.
4 L'infanterie russienne débouchant de ses lignes venait attaquer celle de Charles.
Voltaire, Histoire de Charles XII, 4.
5 Une foule de volontaires courut attaquer la contrescarpe.
Voltaire, le Siècle de Louis XIV, 9.
6 (Il) leur fait attaquer quatre-vingts pièces de canon, comme Don Quichotte attaquait les moulins à vent.
Voltaire, Lettre à Mme d'Argental, 15 août 1759.
7 La colonne était attaquée à la fois de front et par les deux flancs.
Voltaire, le Siècle de Louis XV, 15.
8 On s'y défendit comme des vainqueurs se défendent, en attaquant.
Ph. P. Ségur, Hist. de Napoléon, IV, 7.
9 Il est possible que celui qui attaque ne soit pas l'agresseur (…)
Littré, Dict., art. Agression (→ Agression, cit. 1).
10 (…) le Victory ne s'avançait qu'assez lentement (…) Il put parvenir à 500 mètres du Bucentaure (…) que Nelson avait, primitivement, entendu attaquer (…)
(…) le vaisseau anglais alla attaquer le Redoutable par derrière et soudain l'accabla de boulets, puis l'aborda.
(…) Tandis que, fonçant, derrière Collingwood, dans la brèche, des vaisseaux anglais attaquaient en arrière les bâtiments adverses (…)
Louis Madelin, Hist. du Consulat et de l'Empire, t. V, p. 24, Trafalgar.
2 Aborder (qqn) avec violence pour mettre à mal, voler, tuer. Agresser, assaillir, frapper, molester. || Nous fûmes attaqués sur la route par une bande de voleurs. || Attaquer qqn à main armée. || Attaquer une banque, des convoyeurs de fond. Braquer (argot). || Elle s'est fait attaquer par un maniaque sexuel. || Attaquer pour enlever des troupeaux, faire une razzia. Razzier. || Attaquer qqn à coups de poings, de bâton, de couteau, de fusil. Battre, frapper. || Attaquer qqn au couteau. || Oser attaquer qqn. Provoquer.(En parlant d'un animal). || Le tigre attaque sa proie.
11 J'attaque en téméraire un bras toujours vainqueur (…)
Corneille, le Cid, II, 2.
12 Jamais plus d'assassins ni de conspirateurs
N'attaqueront le cours d'une si belle vie.
Corneille, Cinna, V, 3.
13 Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde,
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire Loup, l'eût fait volontiers.
La Fontaine, Fables, I, 5.
14 En cas que les voleurs attaquent notre bande
Et que l'on en vienne au combat.
La Fontaine, Fables, IV, 12.
15 Quand le loup a besoin de défendre sa vie
Ou d'attaquer celle d'autrui,
N'en sait-il pas autant que lui ?
La Fontaine, Fables, XI, 6.
16 J'ai griffe et dent, et mets en pièces qui m'attaque.
La Fontaine, Fables, XII, 1.
17 Socrate montra si bonne contenance, que ceux qui poursuivaient les fuyards n'eurent jamais l'audace de l'attaquer.
Fénelon, Socrate.
18 David vainquit les lions et les ours avant que d'oser attaquer Goliath (…)
Massillon, Mystère de la purification, 2.
19 Il sait combattre et vaincre sans jamais attaquer.
Buffon, Hist. nat. des oiseaux, Le cygne.
20 Le lion n'attaque jamais l'homme à moins qu'il ne soit provoqué.
Buffon, Hist. nat. des animaux, Le lion.
3 Équit. || Attaquer un cheval, le piquer vigoureusement de l'éperon.
Vén. Déloger un animal en envoyant les chiens sur sa trace. Attaque (A., 5.).
Loc. fig. Attaquer le taureau par les cornes (on dit plutôt : prendre).
4 (1859, escrime, in Petiot). Sports. Faire une attaque.(Jeux de ballon). || Les avants attaquent, s'efforcent de marquer l'essai.(1858, hippisme, in Petiot). Courses. Tenter de lâcher ou de remonter un adversaire.
5 (1735). Dr. || Attaquer qqn en justice, intenter une action contre lui. Action, procès.
Attaquer un acte, en contester la validité. Arguer (de faux), contester.
6 Mar. Vx. || Attaquer la terre, se diriger vers elle, s'en approcher pour atterrir. || Attaquer une île.
B (Abstrait).
1 Chercher à remporter une victoire sur (qqn), à obtenir qqch. (avantage, faveur, confidence…) de (qqn). Presser, provoquer. || Attaquer qqn par son côté faible, son faible. Prendre.Vx. || Attaquer qqn d'amitié, le prendre par l'amitié.Spécialt. Tenter de provoquer l'amour de (qqn). → ci-dessous, cit. 21, 22 et 23.
21 — (Je) ne suis point personne à reculer, lorsqu'on m'attaque d'amitié. — Et lorsque c'est d'amour qu'on vous attaque ?
Molière, les Fourberies de Scapin, III, 1.
22 Il oppose à l'amour un cœur inaccessible :
Cherchons pour l'attaquer quelque endroit plus sensible.
Racine, Phèdre, III, 1.
23 Les hommes s'imaginent toujours qu'ils nous attaquent; et pourtant ils ne s'approchent guère de celles qui oublient de les regarder (…)
Pierre Louÿs, les Aventures du roi Pausole, I.
24 (…) je ne pouvais réussir qu'en attaquant Bill par surprise, et je gardai le secret sur mon offensive.
A. Maurois, les Discours du Dr O'Grady, V.
Loc. Attaquer qqn dans son dernier retranchement.
25 Elle (la moquerie) attaque l'homme dans son dernier retranchement qui est l'opinion qu'il a de soi-même; elle veut le rendre ridicule à ses propres yeux (…)
La Bruyère, les Caractères, XI, 78.
2 Critiquer la valeur de (qqn ou qqch.). Accuser, battre (en brèche), blâmer, calomnier, charger, combattre, critiquer, défier; dénigrer, élever (s'); imputer, incriminer, injurier, insulter; lutter; médire (de); protester (contre), plaindre (se); provoquer; tirer (à boulets rouges sur); tomber (sur), vilipender, vitupérer (→ les loc. Dire du mal de…, donner un coup de griffe à…, diriger, lancer une attaque, des traits contre…, engager le combat, la lutte contre…, jeter la pierre à…, prendre parti contre…, prendre à partie, rompre en visière avec…, faire une sortie contre…, tirer à boulets rouges contre…). || Attaquer qqn, qqch. par l'écrit ou par des propos.Vx. || Attaquer qqn de paroles (Académie). || Attaquer sous couleur de se défendre. || Attaquer qqn sur sa naissance, sur ses actes, dans son honneur, dans sa réputation. || Attaquer la mémoire, la probité, la réputation de qqn. Traîner (dans la boue). || Attaquer le gouvernement, la religion. || Attaquer une opinion, des préjugés, des abus. || Attaquer qqn devant un tribunal, déposer contre lui. || Je ne supporterai pas qu'on l'attaque devant moi. Toucher (à).
26 Je tâche d'y tourner le vice en ridicule,
Ne pouvant l'attaquer avec des bras d'Hercule.
La Fontaine, Fables, V, 1.
27 Tous les autres vices (…) sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement (…)
Molière, Dom Juan, V, 2.
28 À mon emportement ne donnez aucun blâme;
C'est votre jugement que je défends, Madame,
Dans le sonnet qu'il a l'audace d'attaquer.
Molière, les Femmes savantes, III, 4.
29 Lorsqu'on attaque une pièce qui a eu du succès, n'est-ce pas attaquer plutôt le jugement de ceux qui l'ont approuvée, que l'art de celui qui l'a faite ?
Molière, Critique de l'École des femmes.
30 En blâmant ses écrits, ai-je d'un style affreux
Distillé sur sa vie un venin dangereux ?
Ma muse, en l'attaquant, charitable et discrète,
Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète.
Boileau, Satires, IX.
31 Cette Église toujours attaquée et jamais vaincue, est un miracle perpétuel et un témoignage éclatant de l'immutabilité des conseils de Dieu.
Bossuet, Hist., II, 13.
32 Quelle est la manie de quelques hommes qui, sans aucune animosité, se font un devoir d'attaquer les grandes réputations (…)
Vauvenargues, Maximes, 59.
33 Si l'on n'osa pas les heurter de front (les auteurs du XVIIe siècle) on les attaque d'une manière indirecte (…)
Chateaubriand, le Génie du christianisme, I, I, 1.
34 Mon admiration pour Bonaparte a toujours été grande et sincère, alors même que j'attaquais Napoléon avec le plus de vivacité.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, III, III, p. 285.
35 Les auteurs attaqués diraient les meilleures choses du monde qu'ils n'excitent que le sourire des esprits impartiaux et les moqueries de la foule. Ils se placent sur un mauvais terrain : la position défensive est antipathique au caractère français.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, III, V, p. 10.
36 C'est un grand avantage dans les affaires de la vie que de savoir prendre l'offensive : l'homme attaqué transige toujours.
B. Constant, Journal intime.
37 On n'attaque pas un ennemi si l'on n'est sûr de le perdre, ou si on l'attaque, on se perd soi-même.
Michelet, Hist. de la Révolution franç., t. II, p. 142.
38 Qui ne peut attaquer le raisonnement attaque le raisonneur.
Valéry, Autres rhumbs, p. 192.
Prov. Vx. Bien attaqué, bien défendu : la défense a été aussi forte que l'attaque.
3 Chercher à surmonter, à vaincre (un obstacle). || Attaquer une difficulté. || Il faut attaquer le problème sans plus attendre (→ aussi III, ci-dessous).
39 Nul mieux que lui n'est capable de diviser la difficulté en parcelles et d'attaquer chacune de ces parcelles pour la résoudre comme il est recommandé dans le Discours de la Méthode.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, VI, 12.
Chercher à détruire. || Attaquer une maladie par des moyens appropriés. || Attaquer le mal dans sa source, dans ses racines. Combattre.
40 La plupart répugnent visiblement à attaquer le mal dans ses racines, à combattre franchement l'esprit de subordination des masses allemandes devant la chose militaire (…)
Martin du Gard, les Thibault, VII, 6.
———
II (1743; sujet n. de chose).
1 Causer du dommage, du dégât, du mal. || La rouille attaque le fer. || Les caustiques, les substances corrosives attaquent les corps. || Les vers attaquent le bois. || La gangrène attaque les chairs. Altérer, atteindre, corroder, corrompre, détériorer, endommager, entamer, léser, miner, mordre, piquer, ronger…
Chim. (En général au passif). Provoquer une réaction. || Le sodium est attaqué par l'eau.
(En parlant de l'action des maladies). Agresser, atteindre. || L'épidémie a attaqué l'équipage. || Le poumon est attaqué. || Sa constitution est attaquée. Miner. || Être attaqué par, (vx) de… (une maladie).
41 Dans la maladie dont il est attaqué (…)
Molière, Monsieur de Pourceaugnac, I, 6.
42 Ce mal dont vous craignez, dit-il, la violence
A souvent sans péril attaqué son enfance.
Racine, Britannicus, V, 5.
43 Une fièvre brûlante, attaquant tes ressorts
Vient à pas inégaux miner ton faible corps (…)
Voltaire, Discours, II, De la liberté.
2 Fig. Porter atteinte à. Atteindre; nuire (à).
44 Les erreurs de la royauté n'attaquent pas la royauté seule; elles sont dommageables à la nation entière : un roi bronche et s'en va; mais la nation s'en va-t-elle ?
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, IV, 4.
———
III (Sens issu de attaquer un problème, une difficulté).
1 Commencer. || Attaquer un sujet, un chapitre, un discours. Commencer; aborder, entamer, entreprendre, entrer (en matière).
45 J'aime à attaquer certains chapitres avec de certaines gens.
Mme de Sévigné, Lettres, 110, in Littré.
2 Fam. Commencer à manger. || Attaquer la volaille, le pâté… Entamer.
46 Antoine, en pyjama, debout devant la cheminée, attaquait avec un criss malais un pavé de plum-cake.
Martin du Gard, les Thibault, III, 10.
47 (…) quand, la fourchette et le couteau en mains, il attaquait la nourriture, il avait l'air de monter à l'abordage.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, X, 7.
3 Mus. || Attaquer un morceau, en commencer l'exécution. || L'orchestre attaqua un paso-doble (cit. 2).(En parlant d'un chanteur). || Bien attaquer la note, l'entonner avec justesse.
48 Au loin, les deux violons, le violoncelle et l'alto, attaquaient un air de menuet.
Martin du Gard, les Thibault, VII, 25.
4 Commencer à faire qqch. qui exige un effort. || Attaquer un travail, une escalade, une côte.Absolt et fam. || Allez, on attaque !Spécialt. Commencer le travail, la journée de travail.
5 Mar., télécommunications. Commencer une liaison par signaux.
——————
s'attaquer v. pron.
1 (Réfl.). || S'attaquer à… : diriger une attaque (concrète ou abstraite) contre. Combattre. || S'attaquer à qqn. || Il ne faut pas s'attaquer à plus fort que soi.S'attaquer aux préjugés, à une politique… Prendre (s'en).
49 Attaquer quelqu'un, c'est diriger contre lui une attaque, qui est un acte momentané. S'attaquer à quelqu'un, c'est le prendre à partie, en faire l'objet d'une poursuite qui peut durer longtemps.
Littré, Dict., art. Attaquer.
50 On souffre aux entretiens ces sortes de combats,
Pourvu qu'à la personne on ne s'attaque pas (…)
Molière, les Femmes savantes, IV, 3.
51 Du soir au matin, ce fut une colère formidable, qui ne sachant à qui s'en prendre, s'attaquait à tout, au soleil, au mistral (…)
Alphonse Daudet, le Petit Chose, p. 6.
52 Il ne faut jamais s'attaquer à ceux qu'on n'est pas sûr d'achever.
M. Barrès, Leurs figures, p. 106.
Fam. et vieilli. S'adresser à qqn en l'interpellant.
S'attaquer à qqn, tenter de le séduire. || Il n'ose pas s'attaquer à elle.
(Réfl.). Chercher à résoudre.
53 Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème (le rire).
H. Bergson, le Rire, I.
2 (Passif). Être attaqué (en parlant des choses). || Le poumon s'attaque (Littré).
3 (Récipr.). || S'attaquer l'un l'autre.
54 Corsaires à corsaires,
L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires.
Mathurin Régnier, Satires, XII.
——————
attaqué, ée p. p. adj.
1 Qui est l'objet d'une attaque. || Forteresse attaquée, armée attaquée.
Fig. || Les auteurs attaqués, critiqués (→ ci-dessus, cit. 35).
2 Atteint, abîmé. || Poumons attaqués.Gâté.
55 En même temps, tu diras au jardinier d'emballer deux paniers de pêches. (Remettant le petit panier qu'il tient à Adèle). Tiens, celles-ci sont attaquées, c'est pour nous; occupe-toi de ton dessert.
Labiche, le Baron de Fourchevif, 2.
3 Vieilli. || Attaqué de. || « Attaqué de la poitrine » : tuberculeux (Stendhal, la Chartreuse de Parme, 1839, p. 472, in T. L. F.).
CONTR. Défendre, parer (les coups), protéger, repousser, résister, riposter, soutenir (une attaque). — Contre-attaquer.
DÉR. Attaquable, attaquant, attaque, attaqueur.
COMP. Contre-attaquer.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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